L'histoire du timbre de Noël
- Depuis 1908 au Canada - Le 24 janvier 1938, le Comité provincial de défense contre la tuberculose voit le jour.
Début au Danemark
Par une nuit de décembre, en 1903, alors que la tempête faisait
rage en banlieue de Copenhague au Danemark, un postier nommé Einar Holboell
triait le courrier de Noël.
Se frayant un chemin à travers les sacs postaux, Einar se rendit à
la fenêtre pour jeter un coup d'il dehors. À ce moment précis
passaient par là deux pauvres petits êtres abandonnés, un
petit garçon et une fillette vêtus de lambeaux. Il put à
peine les entrevoir avant qu'ils ne disparaissent dans la tempête.
Le cur lourd, Einar Holhoell retourna à son travail. Mais pendant
que lettres et colis lui passaient entre les mains, l'image des petits enfants
abandonnés le hantait. Le contraste entre la joie qu'apportait le courrier
et le désarroi de ces êtres sans défense le troublait profondément.
Soudain, une idée lui vint à l'esprit. Supposons, se dit-il,
que chaque lettre ou colis porte un timbre supplémentaire, et que l'argent
provenant de la vente de ces dizaines de milliers de timbres serve à
aider les enfants défavorisés. Quelle bénédiction
ce serait pour eux!
Conscient du volume énorme de courrier qui lui passait entre les mains,
il pouvait s'imaginer les sommes considérables d'argent qui pourraient
être ainsi recueillies sans qu'il en coûte beaucoup à chacun.
Bien souvent, des idées qui nous semblent lumineuses le soir perdent
beaucoup de leur éclat au matin. Mais même dans la lueur blafarde
du lendemain, l'idée d'Einar semblait toujours aussi brillante. Il décida
donc d'en parler à ses camarades de travail.
Ils furent enthousiasmés. Ils se demandèrent même s'ils
ne pourraient pas commencer immédiatement. Un rapide calcul les convainquit
rapidement qu'ils n'auraient pas le temps de dessiner un modèle, de faire
imprimer les timbres et, surtout, de convaincre le public de venir ainsi en
aide aux pauvres. Ils décidèrent toutefois de s'attaquer tout
de suite à leur programme afin d'être prêts longtemps d'avance
pour l'année 1904.
Une fois le surcroît de travail du temps de Noël terminé,
les postiers se mirent à l'uvre. Ils réglèrent les
moindres détails, puis se rendirent présenter leur projet au roi.
Le roi Christian adopta leur idée avec enthousiasme, y proposant même
une amélioration : la première émission de timbres porterait
l'effigie de la reine Louise pour montrer au peuple que le couple royal appuyait
pleinement cette initiative. Comme ils jouissaient d'une grande popularité
auprès de leurs sujets, leur aide était des plus accueillies.
Il restait toutefois à déterminer la meilleure façon d'aider
les enfants infortunés et à décider quels étaient
ceux qui en avaient le plus grand besoin. C'est alors qu'on découvrit
que les plus défavorisés de tous étaient sans doute les
centaines, voire les milliers, qui souffraient de tuberculose osseuse.
Grâce aux fonds recueillis lors des deux premières campagnes,
on construisit deux hôpitaux pour enfants tuberculeux. Ce fut le point
tournant de l'histoire de cette maladie à travers le monde, car c'est
à ce moment que prit naissance la participation de tous les citoyens
à la lutte contre cette maladie infectieuse qui représentait la
principale cause de mortalité, surpassant même les guerres et les
famines.
Les deux pays voisins du Danemark, la Norvège et la Suède, furent
les premiers à se rendre compte de la puissance que détenait le
peuple dans la lutte contre la tuberculose. L'année suivante, ils mirent
en vente des timbres de Noël, expliquant à la population que chaque
citoyen, et non plus seulement les médecins et les infirmières,
pouvait ainsi participer à la lutte. C'est avec joie qu'on se rendit
compte que les Norvégiens et les Suédois étaient prêts,
eux aussi, à combattre la tuberculose grâce aux timbres de Noël.
Conquête de l'Amérique du Nord
En 1907, l'idée traversa l'Atlantique. Un petit sanatorium du Delaware
(É.-U.) était sur le point de fermer parce qu'il lui manquait
300 $ pour faire face à ses obligations. Ses patients, tous contagieux,
auraient ainsi risqué de contaminer une partie de la population. Horrifié
par cette perspective, le docteur Joseph P. Wales, supplia sa cousine Emily
Bissell de trouver un moyen de recueillir ces 300 $.
Mlle Bissell se rappela alors un article de revue que lui avait envoyé
Jacob Riss, un Américain d'origine danoise, au sujet du moyen que les
Danois avaient adopté pour lutter contre la tuberculose, en achetant
des timbres pour décorer leurs lettres et leurs colis de Noël. Mlle
Bissell résolut donc de tenter pareille démarche auprès
des Américains pour sauver le petit sanatorium.
Un ami artiste l'aida à dessiner un timbre - simple couronne de houx
du rouge le plus vif que l'imprimeur put trouver. Deux femmes auxquelles l'idée
plaisait lui firent chacune un don de 20 $ et un imprimeur bienveillant, Charles
Storey, accepta cet acompte pour imprimer les timbres.
Mlle Bissell ne rencontra pas toujours le même encouragement. D'importants
personnages qui auraient pu lui venir en aide se récusèrent sous
prétexte qu'il ne fallait pas associer la fête de Noël à
une maladie horrible. Les autorités postales ne permirent pas aux postiers
de vendre les timbres de Noël comme cela se faisait dans les pays scandinaves.
Les progrès de la campagne étaient si lents qu'il devint évident
que jamais les 300 $ nécessaires ne seraient recueillis à temps
pour empêcher la fermeture du sanatorium.
Mlle Bissell décida alors d'essayer autre chose. Elle se rendit à
Philadelphie pour plaider la cause de son oeuvre auprès du directeur
des nouvelles d'un grand quotidien, le North American. Ce dernier refusa catégoriquement
sa collaboration. Complètement découragée, Mlle Bissell
s'arrêta néanmoins pour féliciter un jeune chroniqueur,
Leigh Mitchell Hodges, pour sa chronique intitulée " L'optimiste
".
Se rendant compte que Mlle Bissell venait de Wilmington, M. Hodges lui demanda
la raison de son voyage à Philadelphie. Malgré toutes les rebuffades
déjà reçues, Mlle Bissell lui montra avec un peu d'hésitation
une feuille de timbres et lui expliqua ce qu'elle avait tenté d'accomplir.
Le jeune chroniqueur examina les timbres un moment. Puis, bondissant hors de
sa chaise, il se précipita vers le bureau du rédacteur en chef
en priant Mlle Bissell de l'attendre. Brandissant la feuille de timbres sous
le nez du rédacteur en chef, il lui dit: " Voici le moyen de venir
à bout de la tuberculose ! " "Qu'est-ce que vous me racontez
là? ", lui demanda son employeur, M.E.A. Van Valkenburg.
" Regardez, seulement un sou le timbre. Tout le monde peut en acheter.
Et pensez à ce que cela signifie: que chacun peut participer à
la lutte contre la tuberculose. Quel slogan: Affranchissez-vous de la tuberculose!
"
Lorsqu'il eut entendu toute l'histoire, M. Van Valkenburg demande à
son employé: " Allez dire à Mlle Bissell que le North American
est à sa disposition pour la période des vacances. Mettez de côté
tout ce que vous faisiez et consacrez tout votre temps à cette affaire.
Et procurez-vous 50 000 timbres : nous les vendrons pour elle. "
Le premier jour que les timbres furent en vente au North American, un jeune
camelot dont on pouvait à peine voir la chevelure au-dessus du comptoir,
tendit son sou en disant: " Donnez-m'en un. Ma sur a la tuberculose".
C'est alors que le North American se rendit compte que les Américains,
tout comme les Danois, les Norvégiens et les Suédois, achèteraient
des timbres de Noël pour combattre la tuberculose.
Écho au Canada
L'année suivante, l'écho de la campagne des Danois retentit au
Canada. Aussitôt, des gens intéressés de Toronto et d'Hamilton
lancèrent des campagnes du timbre de Noël pour contribuer à
la construction des hôpitaux pour soigner les tuberculeux. Le vieux journal
torontois, le Globe, leur offrit sans tarder son aide.
Dès le début de décembre, il commença à
publier des articles quotidiens, en première page, sur les progrès
de la campagne. Ces articles étaient encadrés d'une couronne de
houx, attirant ainsi l'attention des lecteurs.
L'un des articles, par exemple, racontait la façon dont s'y étaient
pris 58 petits Torontois pour vendre 10 000 timbres de Noël. Un autre annonçait
qu'un journal des Prairies, le Regina Leader, avait fait savoir que son personnel
vendrait des timbres et enverrait l'argent ainsi recueilli au sanatorium de
Muskoka, dont la construction se poursuivait. Pour sa part, le révérend
G. A. Moore, de Saint-Jean (N.-B.), s'engageait à vendre 8 500 timbres
avec l'aide de bénévoles, et à envoyer les recettes à
Toronto, pour la construction du sanatorium.
Dans un autre article, le Globe raconta qu'une petite fille d'Elmira, nommée
Viola Morrison, avait fait don de 0,25 $, somme considérable pour une
petite fille à cette époque. Elle aurait pu se procurer une belle
petite poupée ou un énorme sac de bonbons.
Et c'est ainsi que la campagne de Toronto rapporta 6 114,25 $ et que les citoyens
d'Hamilton donnèrent 1 244,40 $.
D'année en année, d'autres villes canadiennes adoptèrent
la campagne du timbre de Noël, non seulement pour recueillir des fonds,
mais aussi pour faire savoir au grand public qu'on pouvait enrayer la tuberculose.
Enfin, en 1927, on décida que la campagne du timbre de Noël constituerait
la méthode officielle grâce à laquelle les associations
antituberculeuses recueilleraient des fonds auprès du public.
On commença par consacrer tout cet argent à la construction grandement
nécessaire de sanatoriums. Une fois ce but atteint, la coutume de se
servir des fonds de la campagne du timbre de Noël pour la prévention
de la tuberculose s'instaura graduellement. C'est ainsi que les timbres ont
permis à des millions de Canadiens de passer des radiographies pulmonaires
ou des tests à la tuberculine et qu'on a pu dépister des milliers
de cas avant que la maladie n'ait pu contaminer d'autres victimes.
Même si la tuberculose ne représente plus, aujourd'hui, un aussi
grand danger pour la santé et la vie, on dénombre encore environ
2 000 cas par année au Canada, dont 400 au Québec. Malgré
les progrès de la science, les maladies respiratoires continuent de sévir
à un rythme qui ne cesse d'augmenter. Les maladies pulmonaires aujourd'hui
représentent la 2e cause de décès au Canada.
Chaque année au Québec, plus de 1,4 million de personnes souffrent
de maladies respiratoires et, malheureusement, plusieurs d'entre elles décèdent
des suites de leur maladie.
Les fonds de la Campagne du Timbre de Noël servent maintenant à
financer des programmes de recherche et de prévention pour enrayer les
maladies pulmonaires ainsi qu'à financer des services offerts à
la population.
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