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Association pulmonaire du Québec / Fondation Québécoise en Santé Respiratoire

Liens entre les changements climatiques, la qualité de l'air et la santé respiratoire

Dans son rapport publié le 2 février 2007, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat indique qu'il est quasi certain du point de vue scientifique que le climat change à un rythme plus rapide que ce qu'on a connu jusqu'à maintenant depuis que l'homme tient des registres et que ces changements rapides sont attribuables à l'activité humaine.

Contribution de l'homme aux changements climatiques

La principale cause humaine des changements climatiques est la combustion des combustibles fossiles, comme le charbon, le pétrole, le gaz et le carburant diesel. La deuxième cause en importance est l'agriculture intensive, qui entraîne le rejet de méthane dans l'atmosphère. Le principal gaz à effet de serre produit par les combustibles fossiles est le dioxyde de carbone, mais il y a aussi le méthane. Ces gaz montent dans l'atmosphère et lorsqu'ils se trouvent dans la haute atmosphère, ils agissent comme une couverture, empêchant la chaleur du soleil qui a déjà atteint la terre de se dissiper dans l'espace extra-atmosphérique.

Les changements climatiques vont entraîner une augmentation des températures moyennes mondiales. Les températures plus élevées accélèrent la circulation de l'eau dans le cycle hydrologique, et l'air plus chaud peut retenir plus de vapeur d'eau. Les températures plus élevées sont également à l'origine de précipitations et de configuration des vents inhabituelles, ce qui veut dire qu'il existe un lien entre les changements climatiques et la température.

Rejet de polluants atmosphériques causé par la combustion de combustibles fossiles

La combustion de combustibles fossiles entraîne aussi le rejet de polluants atmosphériques, comme les oxydes de soufre (SOx), les oxydes d'azote (NOx), des composés organiques volatils (COV; ils sont nombreux), du monoxyde de carbone (CO), et d'autres composés toxiques. Les SOx et les NOx réagissent dans l'atmosphère pour produire des particules. Les NOx et certains COV réagissent dans l'atmosphère pour produire de l'ozone au sol. Ensemble, les particules et l'ozone forment le smog, qui peut être transporté sur de longues distances par les vents dominants ou être retenu près du sol durant une inversion des conditions atmosphériques (souvent avec peu de vent). Il existe donc un lien entre la pollution atmosphérique et les conditions atmosphériques.

Tous ces polluants atmosphériques peuvent avoir des effets néfastes graves sur la santé. Les effets sur la santé les mieux compris sont ceux liés aux particules plus petites que 2.5 µg/m3 et à l'ozone au sol. Aucun niveau d'exposition à l'une ou l'autre de ces substances n'est sans danger. Des niveaux accrus d'exposition peuvent causer de la congestion, une respiration laborieuse, des crises d'asthme et, occasionnellement, la mort. Les PM2.5 sont associées à une augmentation des crises cardiaques. L'exposition prolongée aux PM2.5 est associée à l'insuffisance pondérale à la naissance et au développement pulmonaire réduit chez les enfants Les risques pour la santé sont plus élevés chez les populations vulnérables, soit les très jeunes enfants, les personnes âgées, les personnes souffrant déjà de maladies respiratoires (comme l'asthme ou la MPOC) ou de maladies cardiovasculaires, et celles qui font de l'exercice ou du travail ardu à des endroits où le niveau de pollution atmosphérique est élevé.

Impacts des changements climatiques

Les impacts des changements climatiques peuvent être nombreux. Ils comprennent notamment une augmentation des températures moyennes mondiales; des changements relatifs aux précipitations et aux régimes climatiques; des sécheresses; des incendies de forêt; la désertification ou des inondations; des changements relatifs aux périodes de croissance et à la capacité de pratiquer des cultures; des changements relatifs à l'approvisionnement en aliments et en eau et à la sécurité des aliments et de l'eau; des changements relatifs à la distribution de la faune et de la flore; des changements relatifs à la distribution de certains pathogènes; des changements relatifs à la température des océans et aux courants marins; une augmentation du niveau de la mer; une augmentation des ondes de tempête et de l'invasion d'eau salée dans les réserves d'eau douce; la perte d'infrastructures; le déplacement de populations; des défis socio-économiques.

En ce qui concerne de façon précise la santé respiratoire, les impacts suivants se produisent actuellement ou risquent de se produire dans l'avenir :

  1. Une augmentation de la pollution atmosphérique dans certaines régions, particulièrement celles situées dans la direction du vent par rapport aux sources d'émissions. Les températures plus élevées peuvent entraîner une augmentation de la pollution à cause de l'utilisation accrue des climatiseurs, des réfrigérateurs et des congélateurs, qui peut amener les centrales électriques à brûler plus de combustible. Dans les régions où la pollution atmosphérique est associée au temps chaud (c'est-à-dire les endroits où le temps chaud est apporté par les vents du sud venant de régions très industrialisées), un nombre accru de jours chauds signifiera également un nombre accru de jours où la pollution atmosphérique est élevée, ce qui aura forcément des effets néfastes sur la santé.

    La chimie atmosphérique qui forme l'ozone au sol et les particules secondaires (smog) est complexe. Ces réactions sont causées en partie par des influences photochimiques, et la température n'a aucun effet direct sur la formation de ces substances. La température peut avoir un effet sur les précurseurs du smog, mais il faut faire preuve de prudence lorsqu'il s'agit d'établir des liens directs entre la température et un taux accru de réactions chimiques.

    On a observé un nombre accru de cas où des gens ont été exposés à la fois à des températures inhabituellement élevées et à une pollution atmosphérique élevée. La présence simultanée de ces deux menaces deviendra probablement plus fréquente à cause des changements climatiques. Des températures élevées, particulièrement pendant plusieurs jours, et une pollution atmosphérique élevée ont entraîné une hausse des taux de mortalité dans certaines régions, par exemple en France, en 2003, où des milliers de décès étaient attribuables à la pollution atmosphérique et à la chaleur.

  2. Une augmentation des incendies de forêt dans certaines régions à cause des conditions plus sèches. Le bois qui brûle rejette dans l'atmosphère des particules, du monoxyde de carbone, des hydrocarbures poly-aromatiques (HAP) et de nombreuses autres substances chimiques toxiques qui rendent la respiration difficile, qui réduisent les défenses du système immunitaire contre les infections respiratoires et qui peuvent causer des crises cardiaques. L'exposition prolongée ou répétée peut causer le cancer.

  3. Une augmentation de la formation de moisissure et peut-être un changement relatif aux types de moisissure dans les régions touchées par des niveaux élevés de précipitation. Des changements relatifs à la configuration des précipitations causera des inondations inhabituelles et le jaillissement d'eau dans les immeubles qui ne sont pas conçus pour résister à des pluies fortes ou à des vents forts. L'accumulation d'humidité à l'intérieur des immeubles crée les conditions idéales pour la formation de moisissure. On sait que l'exposition à la moisissure cause de l'asthme chez certaines personnes.

    Certaines espèces de moisissure auparavant inhabituelles au Canada ont été trouvées à certains endroits, par exemple en Colombie-Britannique. L'exposition au Cryptococcus gattii dans certaines régions boisées a entraîné une faible incidence d'infection chez les populations humaines et animales. Il peut arriver, quoique rarement, que certaines personnes aient de la fièvre, des douleurs et des problèmes respiratoires qui peuvent être graves.

  4. Une augmentation de certains types de plantes et de leur pollen. Il a été prouvé que des niveaux accrus de dioxyde de carbone dans l'atmosphère et des températures plus élevées favorisent la croissance de certaines plantes, comme l'herbe à poux, augmentant ainsi la production de pollen. Cela entraînera une augmentation de la fréquence et de la gravité des crises d'asthme et des réactions allergiques.

  5. Des changements relatifs à la distribution des souris sylvestres infectées au hantavirus. Le variant du virus Sin Nombre virus (VSN) aux États-Unis et dans l'Ouest du Canada peut causer un syndrome de détresse respiratoire chez les humains. Le contact avec l'urine ou les matières fécales de souris infectées peut causer une infection chez les humains. Les changements relatifs aux précipitations et à la sécheresse peuvent modifier la relation prédateur-proie, ce qui a une incidence sur la distribution des souris.

  6. Des eaux de mer plus chaudes peuvent favoriser la croissance de certaines algues responsables des « marées rouges », qui produisent parfois des toxines nocives. Des données récentes indiquent une augmentation des crises d'asthme durant les marées rouges dans certains États du Sud, comme la Floride. L'algue présente au large des côtes floridiennes s'appelle Karenia brevis. Les toxines libérées par ces algues sont transportées dans l'air sous forme d'aérosols; elles causent de l'irritation du nez et de la gorge et exacerbent les crises d'asthme. Cette algue n'est pas présente au large des côtes canadiennes, mais d'autres algues à l'origine des marées rouges poussent ici et il est possible que le réchauffement des eaux élargisse l'aire de distribution géographique de l'algue K. brevis.

  7. Ce qui est moins probable au Canada, c'est la transmission directe d'hématozoaires. Certaines formes de malaria causent des symptômes respiratoires, y compris le Plasmodiumvivax, qui était présent naturellement au Canada jusqu'à la fin des années 1800. Le réchauffement climatique pourrait élargir l'aire de distribution géographique des moustiques capables de transmettre la malaria. Toutefois, tout impact au Canada serait probablement limité grâce à la surveillance, au contrôle et aux systèmes médicaux (qui ont permis en fait d'éradiquer la transmission de la malaria à la fin des années 1800).

Impacts négatifs possibles de certaines mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre sur la qualité de l'air

À mesure que nous prenons des mesures pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, certaines stratégies de réduction peuvent également causer un accroissement de la pollution atmosphérique, par exemple:

  1. La combustion de la biomasse. La combustion de la biomasse, comme le bois et d'autres végétaux, en tant que source d'énergie est considérée comme neutre en carbone puisque ces végétaux absorbent environ autant de CO2 pendant leur croissance qu'ils n'en rejettent lors de la combustion. Cependant, de nombreux appareils utilisés pour brûler la biomasse, même les meilleurs poêles à bois, n'ont pas les dispositifs de contrôle nécessaires pour éliminer les émissions atmosphériques toxiques. Ainsi, on ne devrait pas appuyer les politiques recommandant la combustion de la biomasse comme stratégie de réduction des gaz à effet de serre tant que la technologie ne sera pas plus poussée et que la réglementation ne sera pas en place pour réduire considérablement les émissions atmosphériques.

  2. Les mesures d'efficacité énergétiques dans les immeubles qui mettent uniquement l'accent sur l'isolation et la réduction des courants d'air sans ventilation suffisante. Une ventilation suffisante est essentielle pour empêcher la formation de moisissure et aidera à la réduction du radon. On sait que l'exposition à certains types de moisissure peut causer de l'asthme chez les sujets réceptifs. Le radon est la principale cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs. Les lignes directrices canadiennes en ce qui concerne le radon ont été réduites de 800 Bq/m3 à 200Bq/m3, créant ainsi la nécessité de vérifier les immeubles et d'apporter des mesures correctives au besoin.

  3. Le fait de délaisser les véhicules à essence en faveur des véhicules à carburant diesel. Le diesel est un carburant plus efficace que l'essence qui produit moins de gaz à effet de serre pour chaque kilomètre parcouru. La combustion du diesel produit toutefois plus d'autres polluants atmosphériques toxiques que la combustion de l'essence. Bien qu'il soit possible de réduire les émissions de particules en utilisant du diesel à basse teneur en soufre et des filtres à particules dans le système d'échappement, il est plus difficile de réduire les autres émissions toxiques provenant des gaz d'échappement d'un moteur diesel.

Impacts positifs de certaines mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre sur la qualité de l'air

Contrairement à bien des polluants atmosphériques provenant de la combustion des combustibles fossiles, le dioxyde de carbone ne peut pas être facilement éliminé au point de rejet au moyen de dispositifs comme des épurateurs, des dépoussiéreurs à sacs filtrants, des filtres, etc. Ainsi, d'ici à ce qu'on mette au point une nouvelle technologie de captage du carbone, la seule façon de réduire les émissions de dioxyde de carbone consiste à réduire la demande d'énergie au moyen de mesures d'efficacité énergétique, à brûler les combustibles fossiles de façon plus efficace ou à se tourner vers d'autres sources d'énergie comme l'énergie éolienne, l'énergie solaire, l'hydro-électricité et l'énergie marémotrice. Même l'énergie nucléaire, malgré les autres considérations dont il faut tenir compte du point de vue de l'environnement et de la sécurité, produit peu de CO2 et moins d'émissions atmosphériques. Le choix de n'importe laquelle de ces solutions pour réduire les émissions de dioxyde de carbone réduira aussi considérablement les émissions de polluants atmosphériques.

Par contraste, les mesures traditionnelles visant à réduire les polluants atmosphériques font appel à la technologie d'élimination au point de rejet ou au choix de carburants à faible teneur en soufre pour réduire les émissions de SOx. Cependant, ces mesures ne réduisent pas les émissions de gaz à effet de serre.

Tout nouveau moyen utilisé pour réduire les polluants atmosphériques ou les gaz à effet de serre doit tenir compte de toutes les émissions de façon à réduire les deux types d'émissions. Les meilleures mesures pour combattre les changements climatiques auront aussi un impact positif sur la qualité de l'air, soit directement en réduisant les émissions de polluants atmosphériques, soit indirectement en réduisant l'impact négatif des changements climatiques sur la qualité de l'air.

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Évaluateurs :

Kenneth Maybee, vice-président, Association pulmonaire du Canada, Enjeux

environnementaux

Barbara MacKinnon, Coordinatrice – Réseau de recherche sur le changement climatique,

la pollution atmosphérique et la santé, Association pulmonaire du Nouveau-
Brunswick

Timothy Lambert, Association canadienne de santé publique

Groupe de travail sur l'environnement, Association pulmonaire du Canada

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Dernière mise à jour le 13 novembre 2014

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