Le chauffage au bois, un enjeu de santé publique pour la région de Montréal
Le contexte
- La qualité de l'air à Montréal s'est détériorée au cours des dernières années.
- Les sources de pollution atmosphérique sont diverses. Le transport routier, le chauffage au bois et les industries ont une part importante dans cette responsabilité.
- Montréal connaît en moyenne 65 journées de mauvaise qualité de l'air annuellement, soit une journée sur six.
- Depuis quelques années, la région montréalaise subit des épisodes de smog en hiver.
- Depuis le mois de novembre dernier, la région de Montréal a connu 32 épisodes de smog dépassant de loin le précédent record d'épisodes de smogs (19 en 2005).
- Ces épisodes de smog hivernal sont dus à la présence importante de particules fines dans l'air.
- Le chauffage au bois est responsable au Québec de 61 % des émanations de particules fines.
La problématique du chauffage au bois à Montréal
- On évalue à plus de 85 241 le nombre de systèmes de chauffage au bois présents sur l'île de Montréal dont 50 550 sur le territoire de la ville de Montréal. (Ville de Montréal, chauffage au bois)
- Les secteurs où le chauffage au bois est utilisé de façon plus importante se retrouvent dans les municipalités de Pierrefonds et Dollard-des-Ormeaux, et dans les arrondissements de LaSalle, Ahuntsic, Pointe-aux-Trembles et Rivière-des-Prairies.
- Dans certains quartiers de Montréal, la densité d'appareils de chauffage au bois peut atteindre 1 000 appareils par kilomètre carré (Mémoire de la Ville de Montréal, 2008).
- Le nombre d'installations de chauffage au bois est en progression au Québec. Les données de Statistique Canada montrent que le nombre de logements dans lesquels on a recours au chauffage au bois a augmenté d'environ 60 % de 1987 à 2000 alors que l'augmentation du nombre de logements était de moins de 20 %.
Les conséquences environnementales d'une telle pratique
- Lorsqu'on brûle du bois, plus d'une centaine de composés toxiques sont libérés dans l'atmosphère et s'ajoutent à ceux émis lors de la combustion de l'essence, du diesel ou de l'huile à chauffage ainsi que ceux émis par de nombreuses industries.
- Les principaux polluants qu'on y retrouve sont les particules fines, le monoxyde de carbone, des composés organiques volatils, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des oxydes d'azote et de nombreux produits irritants. (Source DSP, oct. 2007).
- Selon le MDDEP, 61 % des particules fines émises au Québec proviennent du chauffage au bois contre 22 % pour l'industrie et 14 % pour le transport.
- Un système de chauffage au bois non certifié émet autant de particules fines en neuf heures qu'une voiture en une année (18 000 km).
- Lors de la période hivernale 2007, les journées de mauvaise qualité de l'air dues aux particules fines associées à la combustion du bois dans le quartier de Rivière-des-Prairies dans l'Est de Montréal sont jusqu'à 5 fois plus nombreuses que celles observées au centre-ville. (Réseau de surveillance de la qualité de l'air, 2007).
Les impacts sur la santé
- Parmi les contaminants dégagés par le chauffage au bois dans l'atmosphère, ce sont les PM2,5 qui ont été les plus étudiés quant à leurs effets sur la santé de la population.
- Santé Canada estime à 1 540 le nombre de décès prématurés attribuables chaque année à la pollution atmosphérique à Montréal.
- Bouchard et Smargiassi (2007) ont regardé d'autres effets sur la santé attribuables plus spécifiquement aux PM2,5 :
- 6 028 cas de bronchite infantile à Montréal chaque année et 9 505 cas pour le Québec.
- 40 449 jours de symptômes d'asthme pour Montréal et 62 707 jours pour le Québec.
- 1,4 million de personnes souffrant de problème respiratoire au Québec.
- Les enfants constituent un groupe particulièrement vulnérable aux effets de la pollution atmosphérique. En plus de causer l'aggravation de l'asthme, une exposition chronique aux PM2,5 peut causer une diminution de la croissance pulmonaire chez les enfants (Gauderman et collègues, 2004).
- Une étude de la Direction de la santé publique de Montréal-Centre a montré que les personnes qui utilisent un poêle à bois présentent dans leur urine des concentrations plus élevées de contaminants que celles n'ayant pas de poêle à bois. La combustion du bois constitue donc une source d'exposition supplémentaire à des substances toxiques à l'intérieur des maisons.
- Une étude publiée en janvier 2009 comparant 51 villes américaines a clairement démontré qu'une réduction de l'exposition à des particules fines contribuait de façon significative à l'amélioration de l'espérance de vie de la population.
Les poêles à bois certifiés EPA ne sont pas la solution à Montréal
- La combustion du bois, même dans des appareils certifiés EPA, produit toujours des polluants qui vont contribuer à dégrader la qualité de l'air. (Réseau de surveillance de la qualité de l'air, 2007). Les normes d'émissions sont les suivantes : EPA phase 1 (8,5g/heure), EPA phase 2 (7,5/heure), Washington (4,5g/heure).
- L'efficacité des poêles diminue avec l'usage et dépend de nombreux paramètres : taille des bûches, type de bois, taux d'humidité, état de la cheminée...Même s'il pollue moins, il est alors difficile pour un poêle certifié de respecter les normes établies lors de son utilisation.
- En revanche, les poêles à granules de bois respectent la norme de 1g/heure.
- La concentration des poêles à bois en milieu urbain rend le cumul de leurs émissions de polluants très problématique et dangereux pour la santé des résidents.
L'interdiction d'installer de nouveaux systèmes de chauffage au bois est insuffisante
- Une réglementation en ce sens permet de ne pas empirer la situation actuelle mais ne permet pas de l'améliorer.
- Les 85 000 appareils existants continueront d'émettre des polluants dans l'atmosphère et donc d'avoir un impact négatif important sur la qualité de l'air.
Une meilleure qualité de l'air à Montréal passe par l'adoption d'un règlement obligeant le remplacement des systèmes de chauffage au bois polluants
- La Ville de Montréal doit adopter un règlement non seulement interdisant l'installation de nouveaux systèmes de chauffage au bois à l'exception des systèmes au gaz naturel, au propane ou aux granules de bois (moins de 1g/heure), mais également fixant un délai de 7 ans pour remplacer, enlever ou condamner les systèmes de chauffage au bois existants.
- Les autres municipalités de l'agglomération de Montréal doivent également se doter d'un tel règlement.
- Les municipalités de la communauté métropolitaine de Montréal, spécialement des villes comme Laval et Longueuil, doivent évaluer la problématique sur leur territoire et adopter une réglementation en conséquence.